Du jus plein les oreilles

J’ai raconté dans mon article de rentrée comment j’ai failli manquer le concert des Juice=Juice, et après y avoir assisté samedi soir, je comprends mieux ce qui s’est passé. La salle était petite donc le nombre de places réduit, mais les fans, eux, étaient très motivés. Pas étonnant donc qu’ils se soient jetés sur le précieux sésame, poussant les organisateurs à mettre en vente des places réservées à quelques invités et journalistes chanceux. Et le jour même, alors que le concert commençait à 20 heures, il y avait déjà du monde à 16h30, heure à laquelle les sept membres du groupe du Hello!Project sont arrivées à La Boule Noire.

Les places premium, vendues 69€, comprenaient un serrage de mains avec les filles ainsi qu’un photobook dédicacé, en plus du privilège d’entrer en avance. Les pauvres dans mon genre qui ont déboursé 29€ n’ont eu qu’à attendre une petite demi-heure avant d’entrer dans la salle, par conséquent déjà bien remplie et où les prénoms des filles retentissaient de temps à autres.

Avant ça, en faisant la queue, j’ai croisé une fan suédoise qui enchaînait les trois concerts européens du groupe – jeudi à Londres, samedi à Paris et dimanche à Dortmund – et proposait aux intéressés d’écrire un petit mot sur un carnet qu’elle a remis au staff des Juice=Juice avant leur retour en Asie. Ceux-ci ont d’ailleurs été tout aussi généreux avec nous, en distribuant gratuitement l’édition simple du single Jidanda Dance / Feel! Kanjiruyo, sorti en avril. Une jeune femme derrière moi a été si étonnée qu’elle a d’abord demandé le prix du disque !

A quelques minutes du début du concert, le public a été chauffé par un homme très motivé qui a lancé un « Juice=Juice! Juice=Juice » des plus efficaces, tous glowsticks dehors. Quand les filles sont arrivées et ont entamé Fiesta! Fiesta!, l’ambiance était donc déjà folle. Le single sorti en août a mis le feu, avant que Hadaka no Hadaka no Hadaka no KISS et son simili-flamenco ne souffle sur les braises. Quand on a un répertoire efficace, pourquoi se priver? La suite a été un enchaînement de tubes interprétés avec énergie comme Watashi ga iu mae ni dakishimenakya ne (Hug me before I ask you to), Jidanda Dance, Ijiwaru shinai de dakishimete yo (Don’t be spiteful, but embrace me), KEEP ON Joshou Shikou!! (KEEP ON: The Ambition to Succeed!!)… Pour une raison évidente, Ca va ? Ca va ? a été un moment phare du concert. En parlant de français, les filles n’ont pas manqué à l’exercice des présentations dans la langue de Molière, et ont aussi évoqué, en japonais cette fois, leur visite de la capitale, documentée en images sur le blog du groupe.

Moi qui me demandait si les Juice=Juice chantaient en live, j’ai été agréablement surpris de découvrir que c’était le cas, et Sayuki Takagi m’a particulièrement impressionné. Côté public, les hommes étaient loin d’être majoritaires, rien à voir avec le concert de Necronomidol à l’Espace B pour le festival Nihon no OTO, avec ses dix wotas surexcités en première ligne. Moi qui suit encore un débutant dans l’univers idol, j’ai tenu pour la première fois (oui, la première) un glowstick, grâce à un gentil fan japonais qui m’a mis le sien dans les mains. J’ai tenté comme j’ai pu de l’agiter en rythme avec la foule, et même si c’était parfois raté, je me suis bien amusé. Pourtant, je manquais d’estime pour les fans d’idols il y a quelques années, mais il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. Je veille simplement à ce que cet enthousiasme ne me prive pas de ma lucidité sur ce milieu.

Reste que 2017 n’a pas amélioré mon cas, entre le concert de Niji no Conquistador à la Japan Expo, et les concerts de Necronomidol et Juice=Juice en salle. Si je devais formuler un voeu pour les années à venir, ce serait de voir débarquer les Angerme, un autre groupe du Hello!Project, que j’apprécie pour ses morceaux percutants. Et je ne parle là que des groupes jamais vus, car je ne suis pas le dernier à souhaiter des retours, comme celui des Perfume, par exemple… Qui vivra verra ! En attendant, je retourne écouter des idols, même si France Gall a les oreilles qui sifflent et même si du jus de cerveau commence à couler de mes oreilles.

YouTube s’en prend aux chaînes consacrées à la Corée du Nord

En novembre 2016, YouTube a coupé le sifflet à un compte qui se présentait comme étant l’émanation directe de KCTV, alias Korean Central Television, la chaîne officielle nord-coréenne connue pour ses bulletins d’information. Vendredi, le site de partage de vidéos a fermé un nouveau compte prétendument lié au régime : Uriminzokkiri. Hébergé en Chine, le site du même nom est un relai de la propagande nord-coréenne et propose des contenus en coréen mais aussi en anglais, russe ou japonais. En 2010, l’agence Reuters le présentait comme étant « contrôlé en fin de compte de Pyongyang », la capitale nord-coréenne. Il se différencie des autres sites de propagande du régime de Kim Jong-un par sa présence sur les réseaux sociaux : Twitter, Google +, Tumblr, Flickr et même Pinterest hébergent chacun un compte lié au site. Ce n’était plus le cas de YouTube, qui l’a fermé « en raison du non-respect du Règlement de la communauté » avant de le rendre à nouveau accessible lundi.

Un second compte a été supprimé vendredi avant de réapparaître, dès le lendemain cette fois : StimmeKoreas. Créé en 2010 et fort de près de 40 000 abonnés, il se présente comme le numéro 1 de sa catégorie. Il propose en haute-définition des vidéos produites par les médias officiels nord-coréens, en version originale mais aussi en version doublée en anglais, espagnol ou russe. L’identité de son propriétaire n’est pas connue, mais il pourrait s’agir d’un soutien de la Corée du Nord vivant à l’étranger. Après la suppression des deux comptes par YouTube et avant leur réapparition, journalistes et spécialistes ont reproché au site de les priver d’outils précieux pour l’étude du régime nord-coréen et de son programme nucléaire et balistique.

Pourquoi supprimer des comptes sur la Corée du Nord ? La supposition en vogue est qu’ils pourraient rapporter de l’argent au pays grâce aux publicités, en violation des sanctions imposées par les Etats-Unis. Leur lien direct avec le régime reste cependant à prouver, et les spécialistes s’en trouvent quoi qu’il en soit fort ennuyés quand la sentence est définitive. Cet été, le site s’était déjà attiré les foudres des observateurs du conflit syrien, après la suppression inexpliquée de vidéos dont l’existence est primordiale pour documenter les atrocités commises sur place. Des comptes avaient été remis en ligne après protestation.

A noter que d’autres comptes diffusent la propagande nord-coréenne, comme celui-ci qui propose même de regarder KCTV en streaming. Samedi, à l’heure où j’écrivais ces lignes, il y avait un spectacle de magie. Si le compte venait à sauter, sachez qu’un streaming de la chaîne est aussi disponible sur Ustream.

Veux-tu m’aimer en 3017 ?

Après la réussite qu’était Level 3, le dernier album de Perfume, Cosmic Explorer, m’a fait l’effet d’une déception. Délesté de la puissance de son prédécesseur, il ressemblait plus à une suite de singles sans lien entre eux, même si pas désagréables individuellement. Raison de plus pour suivre avec attention les nouveaux morceaux du groupe pour savoir s’il y a lieu d’être inquiet pour la suite. C’est d’abord Tokyo Girl qui est venu me chatouiller les oreilles en février, un morceau plaisant au refrain efficace et au clip intéressant, en ce qu’il ne met pas seulement en scène les membres du groupe mais aussi une multitude de Tokyoïtes munis d’un étrange artefact triangulaire. Certes, le punch n’est pas là, mais la mélodie est plaisante. Le second morceau, Hoseki no Ame, s’il n’a rien d’hideux, se rangeait plutôt dans la catégorie de ceux que je zappe quand ils se retrouvent sur album.

Et puis est arrivé If you wanna. Sorti le 30 septembre, le single bénéficie depuis mardi de son clip sur YouTube. Bonne nouvelle à l’écoute du morceau : il y a des bouts de voix dans tous les sens, comme un rappel que les membres de Perfume ne sont que des androïdes à qui leur créateur a bien voulu donner une voix plus humaine ces dernières années. Aussi, le refrain frappe, ce qui n’était pas toujours le cas des derniers singles du groupe, plus souvent légers comme une brise que percutants. Les tubes comme Spring of life sont encore loin, mais If you wanna fait clairement partie des morceaux les plus solides sortis dernièrement de l’écurie Yasutaka Nakata. Le clip, lui, est en 3017 pendant que nous sommes bêtement en 2017, et, après Tokyo Girl, confirme que le trio est toujours l’ambassadeur du future-chic (j’essaye de lancer un concept). J’adore les effets visuels à la Perfume comme dans le clip de 1mm ou les lives de Story, et If you wanna m’a enchanté. Le second morceau, Everyday, avait tout pour subir le même sort que Hoseki no ame, mais sa petite mélodie entêtante et son refrain mignon en font un bon morceau pour avoir la pêche le matin.

Si vous brûlez de savoir à quelle entreprise capitaliste Perfume vend son âme sur ce single, il s’agit de la marque japonaise de produits d’hygiène dentaire Ora2. Grâce à « la gamme spéciale » Ora2, les femmes peuvent « avoir confiance en leur sourire », clame le site internet. Plusieurs spots réalisés avec le morceau Hoseki no ame sont aussi sur le même compte YouTube. Toujours dans le domaine du propre, Everyday fait la promotion des… machines à laver Panasonic. « Laundry time happy time », ose la description de la vidéo publiée sur le compte YouTube de Panasonic Japan. De quoi s’ambiancer au prochain passage à la laverie.

Blague à part, ne manquez pas de regarder en différé le live spécial diffusé en direct jeudi dernier à l’occasion de la sortie d’If you wanna. Les Perfume y interprètent les deux titres et parlent un brin, et il y a même des sous-titres anglais pour les comprendre. En plus d’être disponible en streaming sur Spotify, Deezer et Apple Music, If you wanna est sorti en trois versions physiques, dont deux contiennent un DVD.

C’est la rentrée pour tout le monde

Mon projet pour ce blog n’était pas de l’alimenter régulièrement pendant un mois puis de le laisser à l’abandon, et pourtant, c’est ce qui s’est produit. Quand j’en écrirai l’histoire plus tard, il est clair qu’octobre 2016 sera conté comme le mois où tout a été possible, où l’enthousiasme de l’auteur de ces lignes a été tel qu’il s’est retrouvé consumé par lui. Le pire, c’est que le dernier article en date annonçait l’édition à venir du festival du film japonais à Paris, le Kinotayo, et que je n’ai même pas pris le temps d’y aller.

Maintenant que j’ai pointé l’éléphant dans la pièce histoire que tout le monde arrête de ne regarder que lui, un rapide résumé de ce qui s’est passé les neuf derniers mois : la Nintendo Switch est sortie trois jours avant mon anniversaire, j’ai donc fait exactement ce à quoi vous pensez, des groupes japonais, Niji no Conquistador et Necronomidol pour ne pas les nommer, sont passés à Paris et j’étais bien entendu de la partie, Choa a quitté AOA et Moga a quitté les Dempagumi.inc, le monde est sous la menace d’une guerre nucléaire à cause de Donald Trump et Kim Jong-un… Bref, il s’est passé bien des choses, et ça ne va pas en s’arrangeant. Même si je doute qu’il arrive quelque chose de pire que le départ inattendu des deux idols blondes susnommées.

Sauf à vous êtes tenus éloignés de l’intégralité des médias hier, ce qui n’est pas très sympathique car il y a bien un moment où ça m’ôte le pain de la bouche, vous savez que ce 4 septembre était le jour de la rentrée des classes. Il n’y a pas que les enfants aux cartables trop lourds qui remettent le couvert, mais aussi toute la vie culturelle qui fait le sel de nos vies, surtout pour les citadins. Et selon vous, que se passe-t-il du 2 au 20 novembre prochain à Paris ? Le festival Kinotayo, pardi ! La 12e édition déroulera ses pellicules au Club de l’étoile et à la Maison de la culture du Japon à Paris, ainsi que dans le Val-d’Oise, avant de partir à l’aventure dans dix villes de province jusqu’à février 2018. Les noms des réalisateurs invités seront annoncés le 19 septembre lors d’une conférence de presse. Deux films, dont un documentaire sur un groupe rattaché à l’empire AKB, ont déjà été annoncés.

Conférence de Presse le 19 septembre 2017 : annonce des réalisateurs présents lors de la 12° édition de Kinotayo.Voici l'affiche de cette 12° édition

Publié par Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo sur jeudi 24 août 2017

Un prélude au festival aura lieu le 12 septembre à la MCJP sous la forme d’une projection du film d’animation Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi, adaptation du manga du même nom de Fumiyo Kouno. Je recommande ce beau film vu en avant-première, qui raconte comment une jeune japonaise qui n’a pas choisi son mariage se prend l’horreur de la Deuxième guerre mondiale dans la figure, alors qu’elle se pensait tranquille dans sa campagne nippone. Si le film a ses moments déchirants, il réussit à être souvent drôle, en plus d’être joli visuellement. Les chanceux qui étaient au mk2 Bibliothèque lundi ont pu le voir en présence du réalisateur, lequel va animer une masterclass jeudi au Studio des Ursulines.

Autre événement majeur de la rentrée parisienne, le Festival du film coréen à Paris, 12e du nom lui aussi, aura lieu du 24 au 31 octobre, toujours au Publicis Cinémas sur les Champs-Elysées. L’année dernière, l’équipe avait un peu ramé face au nombre toujours plus importants de spectateurs, mais je suis sûr qu’elle saura faire face cette fois au succès acquis de l’événement, qui est rappelons-le amplement mérité. En attendant, les Dimanches en Corée reprennent avec une projection d’A Bittersweet Life de Kim Jee-woon le 17 septembre.

J-50 ! Découvrez l’affiche officielle du 12ème Festival du Film Coréen à Paris !C’est dans 50 jours exactement qu’aura…

Publié par Festival du Film Coréen à Paris (FFCP) sur lundi 4 septembre 2017

Un soir plus tôt, le 16 septembre, les Juice=Juice, l’un des nombreux groupes d’idols enfanté par le Hello!Project, passent à La Boule Noire. J’ai lamentablement manqué la mise en vente des places, ainsi que le geste de pitié des organisateurs qui ont proposé à la vente des places d’abord réservées à la presse ou à des invités face au succès de l’affaire. Heureusement, grâce à un ami témoin de mes plaintes répétées à ce sujet sur Twitter, j’ai pu me procurer une place d’occasion, désormais le seul moyen d’espérer entendre les tubes électro du groupe en live. Si vous refusez de vous approcher d’un groupe d’idols à moins d’un kilomètre ou tout simplement que vos goûts passent sans complexe de Kyary Pamyu Pamyu à Merzbow, Melt Banana passe au Batofar le 4 octobre.

Je pourrais aussi vous parler des expositions à venir au Musée Guimet et au Musée Cernuschi, des différents événements prévus à la MCJP, du Festival coréen sur le parvis de la mairie du 15e, des films asiatiques programmés à L’Etrange Festival… Pour un article où je voulais avant tout témoigner de mon existence, c’est déjà bien assez comme ça. Ce blog revenu à la vie ne manquera pas de vous tenir au courant de tout ce qu’il se passe, avant, après voire pendant, sans oublier le compte Twitter. Nous pouvons aussi nous y retrouver car c’est toujours plus marrant à plusieurs. Merci de m’avoir lu et bon courage pour la rentrée.

2017 commence dans les salles obscures avec le festival Kinotayo

Quel est le point commun entre Paris, Lyon, Strasbourg, Chambéry, Marly et Saint-Malo ? Chacune de ces villes vont accueillir à partir du 6 janvier prochain la 11e édition du festival du film japonais Kinotayo. Après deux séances « prélude » dans le Val-d’Oise ce mois-ci, et une séance d’ouverture sur invitation le 6 janvier, c’est le film Three Stories of Love de Ryosuke Hashiguchi qui lancera le lendemain la compétition dans l’une des deux principales salles, le Club de l’étoile dans le 17e arrondissement parisien. Les autres projections parisiennes auront lieu à la Maison de la culture du Japon, près de la Tour Eiffel.

Parmi les neuf films en compétition, je note la présence de Sayonara de Koji Fukada, dont la sortie en France est prévue pour le 19 avril 2017. Vous avez peut-être vu l’an dernier son film Au revoir l’été, chronique douce de la rencontre entre deux adolescents dans la campagne japonaise. Cette fois, il raconte l’histoire d’un Japon vidé de ses habitants à la suite d’une catastrophe nucléaire. Toute ressemblance avec des faits réels n’est sans doute pas fortuite. Le réalisateur sera présent pour évoquer son dernier film mais aussi Harmonium, objet des séances « prélude » évoquées plus haut, qui sera lui à l’affiche le 11 janvier 2017. Seront également projetés Oyster Factory, le dernier film documentaire de Kazuhiro Soda, déjà venu en 2014 présenter Campaign et Campaign 2,et Artist of Fasting, de l’ancien révolutionnaire Masao Adachi.

Your Name. de Makoto Shinkai, qui sort mercredi chez nous, sera également projeté hors-compétition. A ce propos, l’avant-première du film, le 8 décembre à l’UGC Ciné Cité Les Halles, a été à la mesure de l’extraordinaire succès du film au Japon: les deux salles étaient pleines, ce qui a obligé le réalisateur, présent pour l’occasion, à aller de l’une à l’autre pour saluer les spectateurs.

Pour découvrir les autres films au programme, et savoir quelles salles de province vont les accueillir, rendez-vous sur le site du festival. Pour les Parisiens, les places au Club de l’étoile sont en vente, au prix de 10 euros plein tarif et 7 euros pour les étudiants. Même chose à la Maison de la culture du Japon, où les séances sont en revanche à 5 euros.

FFCP 2016 : découvrez la première chorale gay de Corée du Sud

En 2003 s’est formé la première chorale d’hommes homosexuels de Corée du Sud, G-Voice. Vu cette année en Allemagne ou en Australie, et présenté samedi et lundi au Festival du film coréen à Paris, le documentaire Weekends de Lee Dong-ha suit ses membres dix ans après, en 2013 et 2014, alors qu’ils préparent leur concert anniversaire. La première partie du film se concentre sur la vie au sein du groupe, entre répétitions dans la bonne humeur et rencontres amoureuses. Les nombreuses chansons sous-titrées montrent combien la chorale permet à ses membres d’être eux-mêmes et de parler sans crainte de sentiments et de sexualité. Un refuge rendu nécessaire par l’homophobie dont font preuve leurs compatriotes, dont la deuxième partie du film montre de tristes exemples.

En septembre 2013, G-Voice a chanté au (faux) mariage de deux hommes, le réalisateur Kim Jho Gwang-soo et son compagnon Kim Seung-hwan, un événement qui rappelle la cérémonie de Bègles, menée à bien contre vents et marées (et contre la loi) par Noël Mamère en juin 2004. La performance a été brièvement interrompue quand un homme a fait irruption sur la scène pour jeter un sceau d’excréments sur les chanteurs. A l’heure qu’il est, le mariage entre personnes de même sexe reste illégal en Corée du Sud. En juin 2014, des manifestants chrétiens ont bloqué la marche organisée lors de la semaine queer, en brandissant des pancartes à l’américaine appelant les homosexuels « pêcheurs » à se « repentir ». Enfin, en novembre, l’adoption d’une charte des droits humains par le gouvernement local de Séoul, la capitale sud-coréenne, a été retardée car les organisations religieuses s’opposaient à ce que le texte fasse explicitement référence aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle. Des membres de la communauté LGBT ont alors occupé la mairie. A chaque fois, les membres de G-Voice étaient présents, spontanément ou sur invitation, pour donner de la voix. Plus qu’un safe space, la chorale est également un outil militant. Pour certains membres, ces actions donnent lieu à leur première confrontation avec la haine pure et dure, venue de celleux qui nient ouvertement leur droit d’exister.

Personnelles, artistiques ou politiques, les péripéties de la chorale sont vécues à travers les commentaires de ses membres face caméra, ce qui installe vite un sentiment de complicité avec le spectateur. Les chansons ne servent pas seulement de fond sonore mais sont présentées sous forme de scénettes, comme dans une vraie comédie musicale. L’ensemble se suit avec joie, et pousse à espérer que le film soit disponible en streaming ou en DVD, en plus de poursuivre sa tournée des festivals. Lors de la dernière Berlinale, en février dernier, Weekends a remporté la troisième place du prix du public dans la catégorie documentaires.

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