Le futur, c’était mieux avant

Les Perfume, jadis reines de l’électro-chic de demain, ont cassé leur machine à voyager dans le temps et se débattent dans un présent qui sent la monotonie.
  • Ce qu’il faut savoir. Un peu plus de deux ans après Cosmic Explorer, le sixième album des Perfume, Future Pop, vient de sortir. Les Japonais peuvent trouver depuis mercredi le disque en rayon accompagné d’un Blu-ray ou d’un DVD, et le reste du monde en profite grâce aux sites de streaming légal. Cinq des 12 morceaux composés par Yasutaka Nakata sont inédits, dont une intro de 54 secondes, ce qui n’est pas énorme… mais ils aident à sortir l’album d’un certain sentiment d’ennui.

  • Le background. Quelques mots, d’abord. Pour moi, Perfume a toujours représenté le futur. Le son, les clips, les vêtements, les performances, l’esthétique, tout dans ce groupe nous crie que l’avenir est déjà là et qu’il s’incarne dans trois chanteuses japonaises dont on se demande si elles sont bien humaines. Dites-vous que j’ai découvert le groupe, si mes souvenirs sont bons, avec Computer City et son clip – de quoi expliquer cette perception. De tubes en tubes, comme Electro World, Polyrhythm, Secret Secret, Dream Fighter, Night Flight, Laser Beam, Glitter, ou encore Fake it, les Perfume ont fièrement porté leur couronne de reines de l’électro-chic de demain, un titre reconnu par leurs fans japonais puis par le reste du monde lors de concerts pleins à craquer (au Bataclan, par exemple). Pour combien de temps encore ? Le passage du temps pouvait-il rattraper le futur ? En 2013, la sortie de Level3 a rassuré tout le monde, grâce à des morceaux puissants et accrocheurs. C’est après que, peu à peu, les choses ont commencé à se gâter.

  • L’album. Y a-t-il des tubes sur Cosmic Explorer, le successeur de Level3, et Future Pop, le petit dernier ? Quelques-uns. Sur le premier, Flash est une réussite (malgré un album-mix oubliable), et Cosmic Explorer une agréable ouverture. Sur le second, Chourai Wa et surtout Tenku ont de quoi faire se remuer les fans. Les deux ont chacun leur morceau instrumental percutant, Story et Fusion, supports de performances scéniques éblouissantes d’avance technologique. Non, le problème n’est pas là. Ce sont plutôt les autres titres qui sont moins enthousiasmants qu’avant. Moins entraînants. Plus plan-plan. Et le souci, c’est qu’ils sortent en single. Certes, Star Train ou Tokyo Girl sont des morceaux mignons, mais quand même moins excitants que Nee ou Spring of Life. Même si Cosmic Explorer m’a déçu en tant qu’album, je trouvais ce nouveau style pas inintéressant, mais je m’en lasse déjà. Il y a quelque chose qui manque, peut-être un brin de naïveté, de rythme, de fraîcheur… et d’inspiration. Comme si le futur des Perfume était derrière elles et qu’elles se débattaient dans un présent sans surprises. Peut-être que, fatigué d’être en 3018, Yasutaka Nakata a préféré revenir en 2018. Pourtant, ce n’est pas l’heure de se laisser aller. Les Jeux olympiques d’été de Tokyo arrivent, et on compte bien sur les Perfume (qui seront au programme, car il ne peut en être autrement) pour la séquence modernité. Si on repart dans le futur, je veux bien passer l’éponge.

  • En bonus. Tant qu’on y est, le nouvel album de Kyary Pamyu Pamyu a été annoncé pendant la rédaction de cet article. Japamyu, c’est son petit nom, est prévu pour le 26 septembre prochain. Kimi no Mikata était un bon morceau, alors je ne m’inquiète pas trop… pour le moment.