Le Japon veut exécuter les 13 condamnés à mort de la secte Aum

Le Japon pourrait bientôt refermer le chapitre Aum Shinrikyo, la secte au gourou presque aveugle qui a semé la terreur dans l’archipel.

Plus rien ne s’oppose à l’exécution des 13 membres de la secte japonaise Aum Shinrikyo (Aum Vérité Suprême en français) condamnés à mort pour les crimes commis entre la fin des années 1980 et le 20 mars 1995, date de l’attentat au gaz sarin du métro de Tokyo.

  • L’actualité. Plus de 20 ans après l’attentat du métro, qui a fait 13 morts et choqué l’archipel, les membres éminents de la secte Aum Shinrikyo condamnés à mort, dont son gourou et fondateur Shoko Asahara, de son vrai nom Chizuo Matsumoto, n’ont toujours pas été exécutés. Cela s’explique notamment par l’arrestation en 2012 de trois membres en fuite. L’agence Kyodo notait il y a deux semaines qu’il est commun au Japon de retarder les exécutions si un complice est toujours devant la justice. Lors du procès de l’un des fugitifs, Makoto Hirata, des condamnés à mort ont d’ailleurs été appelés à témoigner. Le vendredi 19 janvier 2018, la Cour suprême a confirmé la peine de prison à vie de Katsuya Takahashi, arrêté en juin 2012, éliminant ainsi le dernier obstacle à la mise en application des condamnations à mort.
  • La suite. Une source au ministère de la Justice a confié à l’agence Kyodo les « deux options » envisageables : exécuter les 13 condamnés à mort le même jour, ou Shoko Asahara en premier, et les autres plus tard. « Nous ne pouvons pas laisser quelqu’un qui a commis des crimes si odieux mourir de maladie », a ajouté un officiel haut-placé au ministère. Déjà, en juillet 2013, une source de même rang au ministère déclarait à l’Asahi Shimbun que « le public ne soutiendrait pas la non-application de la condamnation à mort » du gourou.
  • Les conséquences. Les membres d’Aum Shinrikyo n’ont jamais pratiqué le suicide collectif et ont cessé de s’en prendre au monde extérieur, mais les autorités gardent en tête le risque d’une réaction à l’exécution de Shoko Asahara. « Nous devons nous préparer à toutes sortes d’incidents, tels que des actes terroristes de type loup solitaire ou des suicides », ont glissé des sources au ministère de la Justice, rapportait le Japan Times cette semaine. Aleph, le groupe qui a succédé à Aum Shinrikyo, révère toujours le gourou, et impose à ses membres de marcher des heures près de sa prison dans le cadre de leur entraînement spirituel.
  • Aller plus loin. Religious Violence in Contemporary Japan : The Case of Aum Shinrikyo, de Ian Reader (University of Hawai’i Press, 2000), est le meilleur livre sur Aum Shinrikyo. Moins long et en français, cette émission présentée par un certain Jacques Pradel et diffusée en décembre 2015 sur RTL est une bonne introduction.