En 2003 s’est formé la première chorale d’hommes homosexuels de Corée du Sud, G-Voice. Vu cette année en Allemagne ou en Australie, et présenté samedi et lundi au Festival du film coréen à Paris, le documentaire Weekends de Lee Dong-ha suit ses membres dix ans après, en 2013 et 2014, alors qu’ils préparent leur concert anniversaire. La première partie du film se concentre sur la vie au sein du groupe, entre répétitions dans la bonne humeur et rencontres amoureuses. Les nombreuses chansons sous-titrées montrent combien la chorale permet à ses membres d’être eux-mêmes et de parler sans crainte de sentiments et de sexualité. Un refuge rendu nécessaire par l’homophobie dont font preuve leurs compatriotes, dont la deuxième partie du film montre de tristes exemples.

En septembre 2013, G-Voice a chanté au (faux) mariage de deux hommes, le réalisateur Kim Jho Gwang-soo et son compagnon Kim Seung-hwan, un événement qui rappelle la cérémonie de Bègles, menée à bien contre vents et marées (et contre la loi) par Noël Mamère en juin 2004. La performance a été brièvement interrompue quand un homme a fait irruption sur la scène pour jeter un sceau d’excréments sur les chanteurs. A l’heure qu’il est, le mariage entre personnes de même sexe reste illégal en Corée du Sud. En juin 2014, des manifestants chrétiens ont bloqué la marche organisée lors de la semaine queer, en brandissant des pancartes à l’américaine appelant les homosexuels « pêcheurs » à se « repentir ». Enfin, en novembre, l’adoption d’une charte des droits humains par le gouvernement local de Séoul, la capitale sud-coréenne, a été retardée car les organisations religieuses s’opposaient à ce que le texte fasse explicitement référence aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle. Des membres de la communauté LGBT ont alors occupé la mairie. A chaque fois, les membres de G-Voice étaient présents, spontanément ou sur invitation, pour donner de la voix. Plus qu’un safe space, la chorale est également un outil militant. Pour certains membres, ces actions donnent lieu à leur première confrontation avec la haine pure et dure, venue de celleux qui nient ouvertement leur droit d’exister.

Personnelles, artistiques ou politiques, les péripéties de la chorale sont vécues à travers les commentaires de ses membres face caméra, ce qui installe vite un sentiment de complicité avec le spectateur. Les chansons ne servent pas seulement de fond sonore mais sont présentées sous forme de scénettes, comme dans une vraie comédie musicale. L’ensemble se suit avec joie, et pousse à espérer que le film soit disponible en streaming ou en DVD, en plus de poursuivre sa tournée des festivals. Lors de la dernière Berlinale, en février dernier, Weekends a remporté la troisième place du prix du public dans la catégorie documentaires.