Aimez-vous les tunnels ? Pour ma part, je suis fan. Je ne conduis (toujours) pas, mais si je suis votre passager, amenez-moi sous un long tunnel, et je serais heureux. Sauf si je repense au film que j’ai vu hier soir au Festival du film coréen à Paris, qui s’est ouvert mardi au cinéma Publicis des Champs-Elysées et se referme le 1er novembre. Sobrement intitulé Tunnel, le long-métrage de Kim Seong-hun (Hard Day), également proposé en séance d’ouverture, a de quoi vous faire réfléchir à deux fois avant de vous engouffrer sous la montagne.

Un vendeur de voitures, Lee Jung-soo (Ha Jung-woo), est au volant sur une route de campagne quand il passe sous un tout nouveau tunnel. Après quelques dizaines de mètres, l’éclairage s’éteint brusquement, avant que l’édifice s’effondre sur lui-même, laissant le conducteur en vie, mais bloqué sous les gravats. S’engage alors une course contre-la-montre pour sauver le malheureux, qui n’a avec lui que deux petites bouteilles d’eau et un gâteau à la crème, acheté pour l’anniversaire de sa fille. Pendant deux heures qui passent comme une lettre à la poste, le film passe de l’humour, parfaitement intégré à l’ensemble, à l’émotion, quand le prisonnier malgré lui échange au téléphone avec sa femme, campée par Doona Dae, et à l’action, avec des scènes d’effondrement qui scotchent au siège. Au-delà du suspens autour du sauvetage lui-même, le film se fait également critique, et tout le monde en prend pour son grade : les journalistes, les promoteurs, les sauveteurs, la Première ministre… Alors que les opérations de secours s’éternisent, se pose aussi la question de la valeur d’une seule vie, au regard de l’effort déployé et du manque à gagner consécutif à l’arrêt des travaux sur un autre tunnel. Tous ces tons, toutes ces questions cohabitent sans accrocs et font de Tunnel un très bon film, qui a d’ailleurs attiré 7,1 millions de spectateurs en Corée du Sud depuis sa sortie, le 10 août dernier.

Celleux qui n’étaient pas présent·e·s pourront découvrir le film dans les salles françaises en avril ou mai 2017, a annoncé le réalisateur lui-même lors de la séance de questions-réponses qui a suivi la projection. En plus de raconter le tournage du film, pendant lequel la voiture était recouverte de véritables rochers, Kim Seong-hun a été interrogé sur l’influence de la tragédie du ferry Sewol sur le film. Le 16 avril 2014, un ferry transportant principalement des lycéen·ne·s avait chaviré, faisant près de 300 victimes. De nombreuses critiques s’étaient abattues sur l’équipage du bateau, mais aussi sur les sauveteurs et même le gouvernement. Des voix s’élevaient pour critiquer une société où l’argent a plus d’importance que la sécurité et la vie humaine. Le réalisateur a d’abord précisé que le film est tiré d’un roman, écrit avant le naufrage. Cependant, a-t-il poursuivi, « le scénario a été écrit après cette catastrophe ». « Quand on veut faire un film catastrophe qui parle de la survie, c’est difficile d’avoir une certaine distance par rapport à cette catastrophe, que ce soit intentionnel ou pas (…) pour les créateurs qui font le film mais aussi pour le public qui le réceptionne. » Après la dernière question, avant que le public ne rentre chez lui, il a terminé par ces mots: « Je suis très touché parce que je vois qu’il y a parmi vous des gens qui n’ont pas encore oublié la souffrance et la douleur de certains. »