Les pratiques de l’industrie pornographique japonaise mises à nu

Il aura fallu que la police s’en mêle pour que viennent les excuses et les promesses. Le 23 juin, l’industrie pornographique japonaise, par la voix d’une organisation qui la représente, s’est engagée à agir contre les pratiques répréhensibles de certains de ses acteurs, mises en lumière plusieurs fois ces derniers mois. Une semaine et demie avant cette annonce, le 12 juin, trois membres de l’agence de modèles Marks Japan, dont son président, étaient arrêtés pour avoir forcé une recrue à jouer dans des production pour adultes. Trois mois plus tôt, en mars, une organisation de défense des droits de l’homme tirait la sonnette d’alarme, dénonçant contrats malhonnêtes et viols.

Brisant le secret qui règne habituellement autour d’une industrie qui pèse des milliards de yens, ses responsables ont admis l’existence d’un (gros) problème et se sont excusés de n’avoir pas assez contribué à le régler. Le cas Marks Japan donne une idée claire du travail qu’il leur reste à faire. Une jeune femme dans la vingtaine qui avait signé un contrat en 2009 pour faire du mannequinat a expliqué aux autorités avoir été forcée à tourner dans plus de 100 vidéos pornographiques, entre fin 2013 et 2014. Les responsables de l’agence la menaçaient de pénalités financières si elle brisait le contrat, une somme qu’ils entendaient faire payer à ses parents. A en croire les associations, son cas est loin d’être isolé. L’ONG japonaise Human Rights Now a recensé plus de 130 cas d’abus divers sur les quatre dernières années.

En mars, l’ONG a présenté lors d’une conférence de presse les conclusions de son rapport sur les pratiques de l’industrie pornographique, consultable en japonais mais aussi en anglais. Les victimes, en majorité de jeunes femmes, ont notamment assuré avoir été violées lors de tournages ou forcées à tourner sans protection. Comme dans le cas de Marks Japan, le rapport dénonce les mensonges des recruteurs, qui attirent les victimes en leur faisant miroiter une carrière de modèle, pour les forcer à signer des contrats impliquant des vidéos explicites, dont elles auront toutes les peines du monde à s’extraire. Human Rights Now a notamment évoqué le suicide d’une jeune femme enfermée dans une pièce étroite et forcée à signer un contrat par plusieurs hommes qui l’entouraient. « Ces femmes, mineures ou âgées d’une vingtaine d’années, n’ont pas encore beaucoup d’assurance », a expliqué un professeur de droit lors de la conférence de presse. « Ceux qui ont l’argent et le pouvoir les recherchent avidement. »

Dans son résumé du rapport, Human Rights Now critique également une législation inadaptée, que les producteurs savent contourner pour réduire les droits des acteur·ice·s. Professeure à la Sagami Women’s University, située à Sagamihara, dans la préfecture de Kanagawa, Hifumi Okunuki a assisté à une réunion organisée en mai par des défenseurs de l’industrie, dont le directeur de l’entreprise spécialisée SOD Create, Goro Tameike. Dans son compte-rendu, elle explique que les contrats signés, en tant qu’indépendant et non en tant que salarié, n’offrent que peu de protection sociale aux acteur·ice·s. Pire, elle démontre comment les représentant·e·s présent·e·s font passer des vessies pour des lanternes, en affirmant que cette protection créerait une dépendance des actrices envers leur employeur. « Le droit du travail oblige l’employeur, non l’employé », tient à rappeler la professeure. En vantant l’indépendance, l’industrie cherche à ne pas être responsable des personnes qu’elle met littéralement à nu sous les projecteurs, fait valoir Hifumi Okunuki.

Cette réunion, dont le compte-rendu vaut le coup d’être lu entièrement, a eu lieu un mois avant que l’industrie ne chuchote enfin des excuses. Faut-il la croire? S’agit-il de sauver la face, ou bien les préoccupations financières vont-elles être mises en retrait, le temps de faire le ménage? Difficile à dire. D’un côté, et les représentants de l’industrie en font un argument de poids, ces histoires ne sont peut-être pas représentatives. Seulement, chaque cas est un cas de trop, et reconnaître leur existence est la moindre des choses. Certains groupes actifs contre l’industrie pornographique, au Japon ou ailleurs, ne reconnaissent pas la possibilité, notamment pour une femme, de faire ce métier de leur plein gré. Il n’empêche que les témoignages contraires méritent toute l’attention d’une industrie qui prête le flanc à de telles pratiques, même si les intentions de certaines associations peuvent être critiquables. Enfin, si dénoncer une agression sexuelle ou un viol est difficile, l’argent rend la chose encore plus complexe. Pas facile de dénoncer le chantage au revenus dans une situation abusive.

L’industrie pornographique japonaise a ses stars, ses success stories, ses sourires qui séduisent les consommateurs au quatre coins du monde. Elle ne peut cependant éviter de se remettre en question quand des témoignages solides sont recensés. « Nous encouragerons les producteurs à agir rapidement pour améliorer la situation », disait le message d’excuse du mois de juin. Reste à ce que les actes succèdent aux mots.

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1 Comment

  1. Eric Vuille

    Those practice and the people who use them should be recognise as gangs. They should be arrested and go to jail.

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