La secte Aum Shinrikyo, créée en 1984 par le gourou Shoko Asahara sous le nom de Aum Shinsen no Kai, n’a pas eu des adeptes qu’au Japon. Renommé Aleph en 2000, le groupe aurait en effet compté 30 000 fidèles en Russie jusqu’à l’attentat au gaz sarin du métro de Tokyo, perpétré en mars 1995, qui a fait 13 morts. Après cette date, Aum Vérité Suprême s’est écroulé et a été dissous… mais pas officiellement interdit. Vingt ans plus tard, les autorités russes viennent de combler ce manque.

Même au Japon, où ses crimes ont coûté la vie à plus d’une trentaine de personnes, sans compter les membres qui ont trouvé la mort, la secte n’a pas été interdite après l’attentat du métro. Une loi opportunément votée après les faits permet aux renseignements intérieurs de perquisitionner chaque année les locaux du groupe, qui doit fournir régulièrement la liste de ses membres et de ses propriétés. Le groupe Hikari no Wa, né de la scission qui a touché Aleph en 2007, est lui aussi concerné. La Russie, elle, n’a pas cette tolérance. Le mois dernier, la Cour suprême du pays a interdit Aleph et a ajouté le mouvement sur la liste des organisations terroristes.

Cette décision fait suite à la découverte en 2011 de nouveaux groupes d’adeptes formés à Moscou et Saint-Pétersbourg. En avril dernier, une enquête a été ouverte et des perquisitions ont été menées dans ces deux villes à la recherche des nostalgiques d’Asahara. Plusieurs arrestations ont eu lieu. Selon le porte-parole du comité d’enquête de la Russie, Vladimir Markin, cité par l’agence russe TASS, ces groupes sont notamment accusés de « violence sur les individus, et autres atteinte à leur santé ». Autre fait à prendre en compte, 58 fidèles d’Aleph, dont 43 russes, ont été expulsés du Monténégro en mars car leurs visas n’étaient pas valides.

Cette décision marque-t-elle vraiment la fin des activités russes de la secte aux innocents cours de yoga? « Elle ne va sûrement pas disparaître mais en faire partie devient un crime », prédit Alexander Dvorkin, un activiste anti-sectes interrogé par Russia Beyond the Headlines. De fait, les personnes attirées par Aleph « seront bien plus prudentes et le groupe aura une marge de manoeuvre limitée », ajoute-t-il. Dans les années 90, c’est paradoxalement en Russie que Aum Shinrikyo a reçu le meilleur accueil de la part d’officiels haut-placés. L’ancien secrétaire du Conseil de sécurité, Oleg Lobov, voyait d’un bon oeil l’arrivée de Aum Shinrikyo au Japon, et aurait aidé la secte à développer ses activités. Les enseignements de Aum Shinrikyo étaient notamment diffusés à travers une émission de radio.

En 2015, Aleph et Hikari no Wa comptaient environ 1650 membres au Japon.